Texte intégral
Ordonnance N°22/318
N° RG 22/00350 - N° Portalis DBVH-V-B7G-IOO5
J.L.D. NIMES
31 mai 2022
[W]
C/
LE PREFET DES ALPES MARITIMES
COUR D'APPEL DE NÎMES
Cabinet du Premier Président
Ordonnance du 02 JUIN 2022
(Au titre des articles L. 742-4 et L 742-5 du CESEDA)
Nous, Mme Elisabeth GRANIER, Conseillère à la Cour d'Appel de NÎMES, conseiller désigné par le Premier Président de la Cour d'Appel de NÎMES pour statuer sur les appels des ordonnances des Juges des Libertés et de la Détention du ressort, rendues en application des dispositions des articles L 742-1 et suivants du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit de l'Asile (CESEDA), assisté de Mme Emmanuelle PRATX, Greffière,
Vu l'arrêté de M. Le Préfet des Alpes Maritimes portant obligation de quitter le territoire national en date du 1er avril 2022 notifié le même jour, ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 1er avril 2022, notifiée le même jour à 16h10 concernant :
M. [Z] [W]
né le 24 Juillet 1998 à [Localité 3] (TUNISIE) (99)
de nationalité Tunisienne
Vu la requête reçue au Greffe du Juge des Libertés et de la Détention du Tribunal Judiciaire de Nîmes le 30 mai 2022 à 14h40, enregistrée sous le N°RG 22/2399 présentée par M. le Préfet des Alpes Maritimes ;
Vu l'ordonnance rendue le 31 Mai 2022 à 15h39 par le Juge des Libertés et de la Détention du Tribunal de NÎMES sur troisième prolongation, à titre exceptionnel qui a :
* Ordonné pour une durée maximale de 15 jours commençant à l'expiration du précédent délai de 30 jours déjà accordé, le maintien dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, de M. [Z] [W];
* Dit que la mesure de rétention prendra fin à l'expiration d'un délai de 15 jours à compter du 31 mai 2022 à 16h10 ;
Vu l'appel de cette ordonnance interjeté par Monsieur [Z] [W] le 01 Juin 2022 à 11h51 ;
Vu l'absence du Ministère Public près la Cour d'appel de NIMES régulièrement avisé ;
Vu la présence de Monsieur [B] [D], représentant le Préfet des Alpes Maritimes, agissant au nom de l'Etat, désigné pour le représenter devant la Cour d'Appel en matière de Rétention administrative des étrangers, entendu en ses observations ;
Vu l'assistance de Madame [O] [H] interprète en langue arabe inscrit sur la liste des experts de la cour d'appel de Nîmes,
Vu la comparution de Monsieur [Z] [W], régulièrement convoqué ;
Vu la présence de Me Wafae EZZAITAB, avocat de Monsieur [Z] [W] qui a été entendu en sa plaidoirie ;
MOTIFS
Vu la requête du préfet des Alpes Maritimes reçue au greffe du juge des libertés et de la détention de Nîmes le 30 mai 2022 à 14h40 en prolongation d'une troisième période de rétention administrative de M. [Z] [W],
Vu l'ordonnance rendue le 31 mai 2022 à 15h39 par le juge des libertés et de la détention de Nîmes qui a ordonné une prolongation de la rétention administrative de M. [Z] [W] ,
Vu l'appel interjeté par M. [Z] [W] le 1er juin 2022 à 11h51 ;
Vu l'audience du 2 juin 2022 à laquelle :
Son avocat soutient l'irrégularité de la requête en prolongation de la rétention pour incompétence de son signataire et s'en rapporte sur le fond. Il fait valoir l'absence de perspective d'éloignement.
Le Préfet des Alpes Maritimes, pris en la personne de son représentant légal, sollicite confirmation de l'ordonnance contestée.
M. [Z] [W] dit vouloir partir de son propre gré avec ses moyens et être fatigué d'être au centre de rétention.
SUR LA RECEVABILITE DE L'APPEL :
L'appel interjeté par M. [Z] [W] de l'ordonnance contestée a été relevé dans les délais légaux et conformément aux dispositions des articles L.741-23, R.743-10 et R.743-11-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il est donc recevable.
SUR LES MOYENS NOUVEAUX ET ÉLÉMENTS NOUVEAUX INVOQUÉS EN CAUSE D'APPEL:
L'article 563 du code de procédure civile dispose : « Pour justifier en appel les prétentions qu'elles avaient soumises au premier juge, les parties peuvent invoquer des moyens nouveaux, produire de nouvelles pièces ou proposer de nouvelles preuves. »
L'article 565 du même code précise : « Les prétentions ne sont pas nouvelles dès lors qu'elles tendent aux mêmes fins que celles soumises au premier juge même si leur fondement juridique est différent ».
Sauf s'ils constituent des exceptions de procédure, au sens de l'article 74 du code de procédure civile, les moyens nouveaux sont donc recevables en cause d'appel.
A l'inverse, pour être recevables en appel, les exceptions de nullité relatives aux contrôle d'identité, conditions de la garde à vue ou de la retenue et d'une manière générale celles tenant à la procédure précédant immédiatement le placement en rétention doivent avoir été soulevées in « limine litis » en première instance.
En l'espèce, M. [Z] [W] soutient le moyen nouveau de l'irrégularité de la requête en prolongation de la rétention administrative qui est recevable.
SUR LA RECEVABILITE DE LA REQUETE EN PROLONGATION :
La requête en prolongation de la rétention administrative est en date du 30 mai 2022 et a été signée pour le Préfet, « par délégation la cheffe du pôle éloignement [E] [T]».
C'est à tort qu'il est argué de l'incompétence du signataire de la requête en prolongation alors qu'est précisément joint à cette requête un arrêté préfectoral en date du 17 mai 2022 lui portant délégation de signature.
Le moyen d'irrecevabilité doit donc être écarté.
SUR LE FOND :
L'article L742-5 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en son alinéa 5 dispose que, «à titre exceptionnel, le juge des libertés et de la détention peut à nouveau être saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de la durée maximale de rétention prévue à l'article L.742-4 lorsqu'une des situations suivantes apparaît dans les quinze derniers jours :
1° L'étranger a fait obstruction à l'exécution d'office de la mesure d'éloignement ou présenté,
2° L'étranger a présenté, dans le seul but de faire échec à la mesure d'éloignement :
a) une demande de protection contre l'éloignement au titre du 9° de l'article L.611-3 ou du 5° de l'article L.631-3,
b) ou une demande d'asile dans les conditions prévues aux articles L.754-1 et L.754-3 ,
3° La décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé et qu'il est établi par l'autorité administrative compétente que cette délivrance doit intervenir à bref délai.
L'étranger est maintenu en rétention jusqu'à ce que le juge ait statué.
Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la dernière période de rétention pour une nouvelle période d'une durée maximale de quinze jours.
Si l'une des circonstances mentionnées aux 1°, 2° ou 3° survient au cours de la prolongation exceptionnelle ordonnée en application du huitième alinéa, elle peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède pas alors quatre-vingt-dix jours... »
Ces dispositions doivent s'articuler avec celles de l'article L.741-3 du même code, selon lesquelles il appartient au juge judiciaire d'apprécier la nécessité du maintien en rétention et de mettre fin à la rétention administrative, lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient : « « Un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration doit exercer toute diligence à cet effet. »
En l'espèce, M. [Z] [W] fait l'objet d'un arrêté préfectoral en date du 1er avril 2022 ordonnant sa réadmission vers l'Italie, qui lui a été notifié le jour même.
Il ne peut ainsi prétendre se maintenir sur le territoire français.
Des éléments du dossier, il apparaît que l'administration a fait toutes diligences requises, que la non exécution de la mesure d'éloignement résulte de ce qu'un routing a été sollicité le 25 mai dernier sur un vol commercial à intervenir impérativement avant le 30 juin prochain, les autorités consulaires italiennes ayant le 23 mai dernier proposé un vol pour le 15 juillet prochain.
Dés lors, les conditions posées par l'article L742-5 3° du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont remplies, la décision d'éloignement ne pouvant être exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage, cette délivrance devant intervenir à bref délai.
Il convient de confirmer l'ordonnance du Juge des libertés et de la détention en ce qu'il a prolongé la rétention administrative de M. [Z] [W] de quinze jours supplémentaires.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, en matière civile et en dernier ressort,
Vu l'article 66 de la constitution du 4 octobre 1958,
Vu les articles L.741-1, L742-1 à L743-9 ; R741-3 et R.743-1 à L.743-19 et L.743-21 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
DECLARONS recevable l'appel interjeté par Monsieur [Z] [W] ;
CONFIRMONS l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions ;
RAPPELONS que, conformément à l'article R.743-20 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile, les intéressés peuvent former un pourvoi en cassation par lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux mois de la notification de la présente décision à la Cour de cassation [Adresse 1].
Fait à la Cour d'Appel de NÎMES,
le 02 Juin 2022 à
LE GREFFIER, LE PRESIDENT,
' Notification de la présente ordonnance a été donnée ce jour au Centre de rétention administrative de [Localité 2] à M. [Z] [W], par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe
Le à H
Signature du retenu
Copie de cette ordonnance remise, ce jour, par courriel à :
Monsieur [Z] [W], pour notification au CRA
Me Me Wafae EZZAITAB, avocat
M. Le Préfet des Alpes Maritimes
M. Le Directeur du CRA de [Localité 2]
Le Ministère Public près la Cour d'Appel de NIMES
M / Mme Le Juge des libertés et de la détention
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