Texte intégral
AFFAIRE : N° RG 22/00959
N° Portalis DBVC-V-B7G-G65X
Code Aff. :
ARRET N°
C.P
ORIGINE : Décision du Pôle social du Tribunal Judiciaire d'ALENCON en date du 01 Avril 2022 - RG n° 20/00143
COUR D'APPEL DE CAEN
2ème chambre sociale
ARRET DU 29 FEVRIER 2024
APPELANTE :
S.A.S. [5],
[Adresse 3]
[Localité 4]
Représentée par M. [E] [J], mandaté
INTIMEE :
CAISSE PRIMAIRE D'ASSURANCE MALADIE DE L'ORNE
[Adresse 1]
[Adresse 1]
[Localité 2]
Représentée par M. [D], mandaté
DEBATS : A l'audience publique du 11 janvier 2024, tenue par Monsieur LE BOURVELLEC, Conseiller, Magistrat chargé d'instruire l'affaire lequel a, les parties ne s'y étant opposées, siégé seul, pour entendre les plaidoiries et en rendre compte à la Cour dans son délibéré
GREFFIER : Mme GOULARD
COMPOSITION DE LA COUR LORS DU DELIBERE :
Mme CHAUX, Présidente de Chambre,
M. LE BOURVELLEC, Conseiller,
M. GANCE, Conseiller,
ARRET prononcé publiquement le 29 février 2024 à 14h00 par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile et signé par Mme CHAUX, présidente, et Mme GOULARD, greffier
La cour statue sur l'appel interjeté par la société [5] d'un jugement rendu le 1er avril 2022 par le tribunal judiciaire d'Alençon dans un litige l'opposant à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Orne.
FAITS ET PROCEDURE
Mme [C], salariée de la société [5] (la société) a été mise à la disposition de la société utilisatrice Gillot en qualité d'agent de production agro-alimentaire.
Elle a déclaré avoir été victime d'un accident du travail le 6 mai 2019, à la suite de quoi la société a établi une déclaration d'accident du travail le 9 mai 2019 mentionnant 'alors que Mme [C] prenait des fromages pour les mettre en bacs, elle aurait ressenti une douleur au pouce droit'.
Le certificat médical initial, daté du 6 mai 2019, indiquait 'tendinite poignet pouce droit : orthèse immobilisation'.
Le 16 mai 2019, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Orne ('la caisse') a notifié à la société sa décision de prendre en charge l'accident de Mme [C] au titre de la législation professionnelle.
Mme [C] a bénéficié d'arrêts de travail à compter du 6 mai 2019 jusqu'à la date de sa guérison le 5 août 2019.
Le 5 mai 2020, la société a contesté devant la commission de recours amiable l'opposabilité à son encontre des soins et arrêts de Mme [C].
Elle a ensuite saisi le 27 août 2020 le tribunal judiciaire d'Alençon d'un recours contre la décision de rejet de la commission de recours amiable en date du 26 août 2020.
Par jugement du 1er avril 2022, le tribunal judiciaire d'Alençon a :
- déclaré imputables à l'accident du travail du 6 mai 2019 les soins et arrêts de travail prescrits à Mme [C] du 7 mai 2019 au 4 août 2019,
- déclaré opposables à la société les conséquences financières de la décision de prise en charge, au titre de la législation professionnelle, de l'accident du travail dont a été victime Mme [C] le 6 mai 2019,
- débouté la société de l'ensemble de ses demandes,
- condamné la société aux dépens.
Par acte du 14 avril 2022, la société a interjeté appel de ce jugement.
Par conclusions déposées 18 août 2023, soutenues oralement par son représentant, la société demande à la cour de :
- infirmer le jugement déféré,
A titre principal,
- déclarer inopposables à la société l'ensemble des arrêts de travail délivrés à Mme [C],
A cette fin, avant-dire-droit,
- ordonner une expertise médicale judiciaire sur pièces et nommer un expert ;
Par écritures déposées le 8 décembre 2023, soutenues oralement par son représentant, la caisse demande à la cour de :
A titre principal,
- confirmer le jugement déféré en ce qu'il a :
- déclaré imputables à l'accident du travail du 6 mai 2019 les soins et arrêts prescrits à Mme [C] du 7 mai 2019 au 4 août 2019,
- déclaré opposables les conséquences financières de la décision de prise en charge, au titre de la législation professionnelle, de l'accident du travail dont a été victime Mme [C] le 6 mai 2019,
- débouté la société de l'ensemble de ses demandes, y compris de sa demande d'expertise médico-judiciaire,
A titre subsidiaire,
- si par extraordinaire, une consultation voire une expertise médicale judiciaire sur pièces était ordonnée, la caisse sollicite que les frais soient mis à la charge de l'employeur.
Il est fait référence aux écritures ainsi déposées de part et d'autre pour un plus ample exposé des moyens proposés par les parties au soutien de leurs prétentions.
SUR CE, LA COUR,
En application de l'article L 411-1 du code de la sécurité sociale, la présomption d'imputabilité au travail des lésions apparues à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, dés lors qu'un arrêt de travail a été initialement prescrit ou que le certificat médical initial d'accident du travail est assorti d'un arrêt de travail, s'étend à toute la durée d'incapacité de travail précédant soit la guérison complète, soit la consolidation de l'état de la victime.
Il appartient à l'employeur qui conteste cette présomption d'apporter la preuve contraire, soit celle de l'existence d'un état pathologique préexistant évoluant pour son propre compte sans lien avec l'accident ou la maladie, soit celle d'une cause extérieure totalement étrangère au travail, auxquels se rattacheraient exclusivement les soins et arrêts de travail postérieurs. À ce titre, les motifs tirés de l'absence de continuité des symptômes et soins sont impropres à écarter cette présomption.
La seule constatation de la durée des arrêts de travail ayant suivi l'accident, estimée trop longue, ainsi que la seule allégation de l'existence d'un état antérieur, sont insuffisantes à renverser la présomption d'imputabilité posée par la loi.
La société conteste l'imputabilité à son encontre de l'ensemble des arrêts délivrés à Mme [C].
Elle fait état de son doute sur l'imputabilité de la lésion déclarée par Mme [C] au fait accidentel déclaré, soulignant qu'une tendinite est largement connue pour ne pas être due à un geste unique et qu'il apparaît impossible qu'elle soit déclenchée par le simple fait de prendre un fromage.
Elle estime que l'absence de production des certificats médicaux autres que le certificat médical initial justifie le recours à une expertise judiciaire pour rétablir l'égalité des armes entre caisse et employeur.
Elle ajoute que cette pathologie relève plutôt d'une maladie professionnelle, d'où la nécessité d'une expertise judiciaire pour vérifier l'imputabilité de la lésion au fait accidentel déclaré.
Elle indique ensuite que l'arrêt initial était de cinq jours, confirmant le caractère bénin de la lésion constatée, sans explication sur une prolongation des arrêts de travail pendant trois mois au total.
En réplique, la caisse explique que les arrêts de travail ont été continus, pour les mêmes symptômes.
Elle rappelle que le barème évoqué par la société est indicatif et doit être apprécié au regard de la situation personnelle de l'assurée.
En l'espèce, la caisse justifie du certificat médical initial du 6 mai 2019 qui prescrit un arrêt de travail de cinq jours, jusqu'au 11 mai 2019.
Elle produit ensuite l'attestation de paiement des indemnités journalières pour la période continue du 6 mai 2019 au 4 août 2019, étant rappelé que Mme [C] a été déclarée guérie le 5 août 2019.
Il en résulte que la présomption d'imputabilité à l'accident prévue par l'article L. 411-1 du code de la sécurité sociale continuait à s'appliquer jusqu'à cette date, de sorte qu'il appartient à la société d'apporter des éléments pour renverser cette présomption.
Or force est de constater qu'elle émet de simples hypothèses, fondées d'une part, sur la pathologie déclarée par la salariée, qui ne serait pas compatible avec la tâche effectuée au moment de l'accident du travail, d'autre part, sur la durée totale de l'arrêt de travail qui est très supérieure à celle visée dans le référentiel des arrêts de travail de la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS).
Cependant, de simples doutes fondés sur la supposée bénignité de la lésion et la longueur de l'arrêt de travail ne suffisent pas à remettre en cause le bien-fondé de la décision de la caisse et à renverser la présomption d'imputabilité des arrêts de travail au fait accidentel.
Par ailleurs, le référentiel des arrêts de travail de la CNAMTS est par nature indicatif et suppose pour son application une appréciation de la situation personnelle de l'assurée, de quoi il ressort que la durée totale des arrêts de travail prescrits à Mme [C] n'est pas incompatible avec la lésion déclarée.
En l'absence de tout élément de nature à étayer les prétentions de l'employeur, lesquelles ne sauraient résulter de ses seules affirmations, il n'y avait pas lieu d'ordonner une expertise.
Il convient en conséquence de confirmer la décision entreprise en toutes ses dispositions.
Succombant en ses demandes, la société sera condamnée aux dépens d'appel.
PAR CES MOTIFS,
La cour,
Confirme le jugement déféré ;
Condamne la société [5] aux dépens d'appel.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
E. GOULARD C. CHAUX
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