Texte intégral
COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE
Chambre 4-7
ARRÊT AU FOND
DU 16 FEVRIER 2024
N° 2024/ 33
Rôle N° RG 21/06432 - N° Portalis DBVB-V-B7F-BHLYJ
[H] [M]
[U] [Z]
C/
[K] [R]
Association AGS CGEA DE [Localité 4]
Copie exécutoire délivrée
le : 16 février 2024
à :
Me Arielle LACONI,
SELARL NCAMPAGNOLO
Me Stéphanie BESSET-LE CESNE
Décision déférée à la Cour :
Jugement du Conseil de Prud'hommes - Formation de départage de MARSEILLE en date du 01 Avril 2021 enregistré au répertoire général sous le n° F 18/02559.
APPELANTS
Maître [H] [M] Es qualité de « Mandataire liquidateur » de la « SASU VORTEX », demeurant [Adresse 3] - [Localité 5]
représenté par Me Arielle LACONI, avocat au barreau de MARSEILLE
Maître [U] [Z] Es qualité de « Mandataire liquidateur » de la « SASU VORTEX », demeurant[Adresse 6]r - [Localité 5]
représenté par Me Arielle LACONI, avocat au barreau de MARSEILLE
INTIMES
Monsieur [K] [R], demeurant [Adresse 7] - [Localité 1]
représenté par Me Nathalie CAMPAGNOLO de la SELARL NCAMPAGNOLO, avocat au barreau de MARSEILLE substituée par Me Anne-sophie MARCELLINO, avocat au barreau de PARIS
Association AGS CGEA DE [Localité 4], demeurant [Adresse 2] - [Localité 4]
représentée par Me Stéphanie BESSET-LE CESNE, avocat au barreau de MARSEILLE
*-*-*-*-*
COMPOSITION DE LA COUR
L'affaire a été débattue le 10 Novembre 2023 en audience publique. Conformément à l'article 804 du code de procédure civile, Madame Raphaelle BOVE, Conseiller, a fait un rapport oral de l'affaire à l'audience avant les plaidoiries.
La Cour était composée de :
Madame Françoise BEL, Président de chambre
Madame Caroline CHICLET, Président de chambre
Madame Raphaelle BOVE, Conseiller
qui en ont délibéré.
Greffier lors des débats : Mme Agnès BAYLE.
Les parties ont été avisées que le prononcé de la décision aurait lieu par mise à disposition au greffe le 16 Février 2024.
ARRÊT
Contradictoire,
Prononcé par mise à disposition au greffe le 16 Février 2024,
Signé par Madame Françoise BEL, Président de chambre et Mme Agnès BAYLE, greffier auquel la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire.
***
Faits, procédure et moyens
M.[K] [R], après avoir été embauché par la société Vortex au moyen d'un contrat de travail à durée déterminée de remplacement à temps partiel du 20 mai 2016, a conclu un contrat à durée indéterminée à temps partiel avec le même employeur le 2 novembre 2016 en qualité de conducteur accompagnateur de personnes présentant un handicap et/ou à mobilité réduite en période scolaire, coefficient 137 V, la durée annuelle minimale de temps de travail en période scolaire étant fixée à 550 heures pour une année pleine comptant au moins 180 jours de travail, le montant de la rémunération variant en fonction du travail effectif réalisé dans le mois considéré.
Le contrat a été rompu par le licenciement pour motif économique du salarié en juin 2020.
La relation salariale était soumise à la Convention collective des transports routiers et ses annexes, dont notamment :
- l'accord de branche du 18 avril 2002 relatif à l'aménagement et la réduction du temps de travail dans les entreprises de transport routier de voyageurs (ARTT) ;
- l'accord du 24 septembre 2004 relatif à la définition, au contenu et aux conditions d'exercice de l'activité des conducteurs en période scolaires des entreprises de transport routier de voyageurs ;
- l'accord de branche du 7 juillet 2009 relatif à l'emploi de conducteur accompagnateur, application contestée par le salarié.
Le salarié, ainsi que d'autres salariés de la société, ont saisi le conseil de prud'hommes de Marseille le 13 décembre 2018, aux fins de voir requalifier le contrat de travail à temps partiel en contrat de travail à temps complet et condamner la société au paiement de sommes notamment au titre de rappels de salaire, travail dissimulé et exécution déloyale du contrat de travail.
Par jugement du 7 février 2020, le tribunal de commerce de Montpellier a ouvert une procédure de redressement judiciaire, convertie par jugement du 29 avril 2020 en liquidation judiciaire avec maintien de l'activité jusqu'au 22 juin 2020, désignant M. [H] [M] et M. [U] [Z] ès qualités de liquidateurs judiciaires.
Par jugement en date du 1er avril 2021, le conseil statuant en départage, rejetant les fin de non-recevoir tirées de la demande de condamnation formée à l'encontre d'une société en liquidation judiciaire et de la prescription de l'action en requalification, a requalifié la relation de travail à temps partiel en un contrat de travail à temps complet, dit que les fonctions occupées relevaient de l'emploi de conducteur de personnes présentant un handicap et/ou à mobilité réduite et non de l'emploi de conducteur accompagnateur des mêmes personnes, fixé au passif de la liquidation judiciaire de la société des montants au titre notamment de rappels de salaire, rappels de prime de 13ème mois, outre les congés payés afférents, une indemnité forfaitaire pour travail dissimulé et une indemnité pour exécution déloyale du contrat de travail, et déclaré le jugement opposable au Cgea de [Localité 4].
Appel a été relevé par les liquidateurs judiciaires le 29 avril 2021 ;
Vu les conclusions des appelants déposées et notifiées le 30 août 2023 ;
Vu les conclusions de l'Ags Cgea de [Localité 4] déposées et notifiées le 4 octobre 2021 ;
Vu les conclusions d'intimé déposées et notifiées le 28 septembre 2023 ;
Motifs
1. Sur la requalification du contrat de travail en contrat à temps complet
La durée de la prescription étant déterminée par la nature de la créance invoquée, la demande de rappel de salaire fondée sur la requalification d'un contrat de travail intermittent ou à temps partiel en contrat de travail à temps complet est soumise à la prescription triennale de l'article L. 3245-1 du code du travail.
Aux termes de ce texte, l'action en paiement ou en répétition du salaire se prescrit par trois ans à compter du jour où celui qui l'exerce a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. La demande peut porter sur les sommes dues au titre des trois dernières années à compter de ce jour ou, lorsque le contrat de travail est rompu, sur les sommes dues au titre des trois années précédant la rupture du contrat.
Il résulte de la combinaison des articles L. 3245-1 et L. 3242-1 du code du travail que le délai de prescription des salaires court à compter de la date à laquelle la créance salariale est devenue exigible. Pour les salariés payés au mois, la date d'exigibilité du salaire correspond à la date habituelle du paiement des salaires en vigueur dans l'entreprise et concerne l'intégralité du salaire afférent au mois considéré.
En l'espèce, il résulte des bulletins de paie que les salaires sont exigibles le 5 de chaque mois.
Le salarié réclamant une créance de salaire de mai 2016 à juin 2020 et ayant saisi le conseil de prud'hommes le 13 décembre 2018, son action est recevable et sa demande en paiement consécutive à la requalification peut porter sur les salaires exigibles depuis la conclusion du contrat du 2 novembre 2016.
En conséquence, il y a lieu de rejeter la fin de non-recevoir tirée de la prescription de l'action en requalification soulevée et de confirmer le jugement entrepris de ce chef.
Aux termes de l'article L. 3123-31 du code du travail dans sa version applicable à la cause: 'Dans les entreprises pour lesquelles une convention ou un accord collectif de travail étendu ou une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement le prévoit, des contrats de travail intermittent peuvent être conclus afin de pourvoir les emplois permanents, définis par cette convention ou cet accord, qui par nature comportent une alternance de périodes travaillées et de périodes non travaillées'.
La convention collective applicable au contrat de travail a prévu dans l'ARTT sus-mentionné en son article 25, la possibilité de conclure des contrats de travail intermittent pour les conducteurs en période scolaire, accord complété par un accord du 24 septembre 2004 sur la définition, le contenu et les conditions d'exercice de l'activité des conducteurs en périodes scolaires des entreprises de transport routier de voyageurs.
Par ailleurs, l'article L.3123-38 du code du travail indique qu''une convention ou un accord d'entreprise ou d'établissement ou, à défaut, une convention ou un accord de branche étendu définit les emplois permanents pouvant être pourvus par des salariés titulaires d'un contrat de travail intermittent.'
Or, l'accord de branche du 7 juillet 2009 relatif à l'emploi de conducteur accompagnateur précise en son article 3-D, que 'lorsqu'un conducteur accompagnateur de transport spécialisé de personnes handicapées et/ou à mobilité réduite ne travaille que pendant les périodes scolaires, en application de l'accord du 24 septembre 2004, il est rappelé que l'ensemble des dispositions de cet accord et notamment du coefficient 137V, de la garantie d'horaire annuel de 550 heures pour 180 jours de travail, de la garantie d'horaire journalier, selon le nombre de vacations, de l'indemnisation de l'amplitude et des coupures, s'appliquent.'
Contrairement à ce qui est soutenu, les instituts médicaux éducatifs (IME) sont non seulement des établissements médicaux mais aussi éducatifs et d'enseignement. Ils constituent un mode de scolarisation d'enfants et de jeunes en situation de handicap qui ne peuvent être accueillis en milieu scolaire et bénéficient également de vacances scolaires définies par leur établissement d'accueil. Les IME sont donc considérés comme des établissements scolaires, ce qui est confirmé par l'accord susvisé qui prévoit expressément l'application du contrat intermittent aux conducteurs en période scolaire effectuant des services dédiés aux personnes handicapées et/ou à mobilité réduite dès lors qu'aucun texte ne fixe un nombre maximum de semaines travaillées et que ces conducteurs ne travaillent pas pendant les vacances scolaires de l'IME, alternant en conséquence des périodes travaillées et non travaillées.
Par conséquent, le régime du contrat de travail intermittent est applicable au salarié, peu important la désignation du contrat par les termes 'contrat à temps partiel à durée indéterminée' et non 'contrat de travail intermittent'.
Aux termes de l'article L. 3121-33 du code du travail, 'le contrat de travail intermittent est un contrat à durée indéterminée, écrit et mentionnant notamment :
1° La qualification du salarié ;
2° Les éléments de la rémunération ;
3° La durée annuelle minimale de travail du salarié ;
4° Les périodes de travail ;
5° La répartition des heures de travail à l'intérieur de ces périodes.'
L'article 4 de l'accord du 24 septembre 2004 précise de même que 'doivent figurer dans le contrat de travail des conducteurs en périodes scolaires :
Doivent figurer dans le contrat de travail des conducteurs en périodes scolaires :
- la qualification (y compris la classification) ;
- les éléments de rémunération ;
- la durée annuelle minimale contractuelle de travail en périodes scolaires, qui ne peut être inférieure à 550 heures pour une année pleine comptant au moins 180 jours de travail (1) ;
- le volume d'heures complémentaires dans la limite du quart de la durée annuelle minimale de travail fixée au contrat de travail ;
- la réparation des heures de travail dans les périodes travaillées ;
- la référence, lorsqu'il existe, à l'accord d'entreprise ou d'établissement instituant la modulation du temps de travail ;
- le lieu habituel de prise de service.
Le contrat de travail précise ou renvoie à une annexe mentionnant les périodes travaillées. Cette annexe est mise à jour à chaque rentrée scolaire lorsque l'évolution du calendrier scolaire le nécessite.'
L'absence de définition des périodes travaillées et non travaillées dans le contrat de travail doit entraîner la requalification du contrat de travail en contrat à durée indéterminée de droit commun à temps plein.
En l'espèce, le contrat de travail du salarié prévoit de faire figurer en annexe le planning prévisionnel des jours travaillés au cours de l'année scolaire en cours et précise que le planning annuel pourra être modifié chaque année en fonction du nouveau calendrier scolaire défini par le Ministère de l'Education Nationale ou de l'établissement d'accueil spécialisé, un nouveau planning prévisionnel étant communiqué au plus tard le 31 août de chaque année et se substituant automatiquement au précédent.
L'employeur ne produisant pas l'annexe fixant les périodes de travail conformément à l'accord et aux dispositions contractuelles susvisées, la cour en déduit que le contrat de travail ne détermine pas les périodes travaillées et non travaillées en méconnaissance des exigences légales de sorte qu'il y a lieu de requalifier en contrat à durée indéterminée de droit commun à temps plein le contrat de travail intermittent conclu le 2 novembre 2016.
Le jugement est confirmé de ce chef.
En l'absence de toute contestation sur le montant du salaire de référence pris en compte pour le calcul des montants sollicités, les créances suivantes seront fixées au passif de la société :
- 36.313,16 euros à titre de rappel de salaire à temps complet du 2 novembre 2016 à juin 2020,
- 3.631,31 euros au titre des congés payés afférents au rappel de salaire,
- 3.025,11 euros au titre de l'incidence sur la prime de 13 ème mois.
Le salarié sera débouté de sa demande portant sur le salaire de novembre 2018, comptabilisé deux fois dans ses calculs, ainsi que sur les salaires exigibles antérieurement à la conclusion du contrat intermittent requalifié du 2 novembre 2016.
Le jugement entrepris sera par conséquent infirmé sur les quantums.
La prime de 13ème mois étant acquise mois par mois et couvrant à la fois les périodes de présence effective et de congés payés, il ne peut être fait droit à toute demande de rappel de congés payés sur cette prime.
Le salarié sera dès lors débouté de sa demande et le jugement infirmé sur ce point.
2. Sur le décompte du temps de travail et le paiement des heures complémentaires
Le contrat de travail intermittent ne constituant pas, en soi, une annualisation du temps de travail autorisant l'employeur à ne décompter les heures supplémentaires ou complémentaires qu'au-delà de la durée annuelle légale ou conventionnelle ; les heures supplémentaires ou complémentaires doivent donc être décomptées, sauf exception légale ou conventionnelle, par semaine travaillée.
C'est vainement que les liquidateurs invoquent l'article 5 de l'accord de branche du 18 avril 2002 relatif à l'ARTT dès lors que celui-ci ne traite que du décompte des heures supplémentaires et non des heures complémentaires.
Le fait que le volume maximal d'heures complémentaires pouvant être accompli par le salarié soit déterminé, en application de l'article 21 de l'accord du 18 avril 2002 précité, en pourcentage de la durée annuelle minimale de travail ne constitue nullement, contrairement à ce qui est soutenu, une exception conventionnelle au principe du décompte hebdomadaire des heures complémentaires effectivement accompli.
Ainsi, contrairement à ce que soutient l'employeur, les dispositions précitées ne l'autorisaient pas à effectuer un décompte annualisé des heures complémentaires et à retarder le paiement des majorations dues en fin d'année et ce, d'autant que, ainsi que le rappelle justement le salarié, l'article 9 de l'accord du 15 juin 1992 relatif au contrat de travail intermittent des conducteurs scolaires exige un paiement mensualisé des heures complémentaires.
Le fait pour l'employeur d'avoir décompté et payé les majorations des heures complémentaires des conducteurs accompagnateurs annuellement est donc constitutif d'un manquement à ses obligations.
Selon l'article L.3171-4 du code du travail, 'en cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, l'employeur fournit au juge les éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié. Au vu de ces éléments et de ceux fournis par le salarié à l'appui de sa demande, le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. (...)'.
Il résulte de ces dispositions, qu'en cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, il appartient au salarié de présenter, à l'appui de sa demande, des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées qu'il prétend avoir accomplies afin de permettre à l'employeur, qui assure le contrôle des heures de travail effectuées, d'y répondre utilement en produisant ses propres éléments. Le juge forme sa conviction en tenant compte de l'ensemble de ces éléments au regard des exigences rappelées aux dispositions légales et réglementaires précitées. Après analyse des pièces produites par l'une et l'autre des parties, dans l'hypothèse où il retient l'existence d'heures complémentaires, il évalue souverainement, sans être tenu de préciser le détail de son calcul, l'importance de celles-ci et fixe les créances salariales s'y rapportant.
En l'espèce, le salarié apporte des éléments suffisamment précis en pages 48 et 49 de ses écritures quant aux heures complémentaires qu'il aurait effectuées au cours des mois de mars et juin 2018 (10h à 15h complémentaires par semaine environ sur la période).
Les liquidateurs démontrent que les majorations dues au titre des 380 heures complémentaires effectuées au cours de l'année scolaire 2018/2019, et réglées comme heures de base en M+1 ainsi que cela résulte des mentions figurant sur les bulletins de paie de 2018, ont été intégralement payées au salarié le 31 août 2019 à raison de 63 heures majorées à 10% et 317h75 majorées à 25% pour une somme totale de 887 euros brut.
C'est vainement que le salarié conteste le décompte de l'employeur alors que le nombre d'heures complémentaires recensées sur l'année scolaire 2018/2019 est cohérent avec celui accompli en mars et juin 2018, compte tenu des périodes non travaillées, soit 10h environ par semaine.
S'agissant de l'année scolaire 2019/2020, le salarié ne fournit aucun élément quant aux heures complémentaires qu'il prétend avoir effectuées afin de permettre à l'employeur de lui répondre.
Par conséquent, il sera débouté de sa demande de fixation de créance au titre des heures complémentaires de l'année 2019/2020 et le jugement sera confirmé sur ce point.
La demande subsidiaire de fixation de créance pour perte de chance de percevoir les majorations pour heures complémentaires étant nouvelle en cause d'appel et ne tendant pas aux mêmes fins que la demande de rappel de salaire formée à titre principal ni n'en constituant l'accessoire, la conséquence ou le complément nécessaire, elle sera déclarée irrecevable ainsi que le réclament justement les liquidateurs.
3. Sur le paiement des travaux annexes
La demande de fixation de créance pour les travaux annexes impayés est nouvelle en cause d'appel puisque le premier juge a constaté dans l'exposé du litige et dans ses motifs qu'aucune demande de rappel de salaire n'avait été formée devant lui de ce chef.
Cette demande ne tendant pas aux mêmes fins que les demandes portant sur des rappels de salaire à temps complet ou pour heures complémentaires et n'en constituant pas l'accessoire, la conséquence ou le complément nécessaire, elle sera déclarée irrecevable ainsi que le réclament justement les liquidateurs.
4. Sur la demande de dommages et intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail
Le contrat de travail doit être exécuté de bonne foi.
a) Sur la qualification de conducteur accompagnateur et la retenue d'une demi-heure par journée travaillée
L'article 3-C de l'accord du 7 juillet 2009 relatif à l'emploi de conducteur accompagnateur stipule que '(...) À défaut d'accord d'entreprise existant ou à conclure, ou encore d'usage préexistant et avec l'accord exprès du salarié, le temps à bord d'un véhicule de moins de 10 places utilisé pour l'activité de TPMR et mis à disposition par l'entreprise entre le domicile du salarié et le lieu de prise en charge du client lors de la première et de la dernière prise de service de la journée pourra ne pas être considéré comme du temps de travail, et ce dans la limite d'un temps forfaitaire estimé à 15 minutes (soit 1 demi-heure au total dans la journée) et correspondant à un temps moyen nécessaire au trajet entre le domicile du conducteur et le dépôt de l'entreprise le plus proche. (...).'
Il résulte du contrat de travail que le salarié a été recruté en qualité de conducteur accompagnateur.
Aux termes de l'article 4 de son contrat de travail et ainsi que cela résulte de la production par l'employeur du document relatif à la mise à disposition d'un véhicule de service signé par le salarié, ce dernier a consenti en l'échange de cette mise à disposition, à une retenue journalière de trente minutes de travail, retenue effectuée sur les trajets entre son domicile et le premier et dernier lieu de prise en charge.
Le salarié ne conteste pas que la société Vortex exerçait l'activité de transport spécialisé de personnes handicapées et/ou à mobilité réduite définie à l'article 1 de l'accord précité mais discute sa qualification de conducteur accompagnateur.
L'article 2 de l'accord du 7 juillet 2009 définit précisément les spécificités de l'emploi de conducteur accompagnateur comme suit :
'A. - Les spécificités
1. Le conducteur accompagnateur.
Au-delà de la seule conduite, le conducteur est aussi accompagnateur de la personne qu'il transporte. À ce titre, il doit être formé pour réagir face aux différentes situations et toujours laisser la personne en position sécurisée. Le conducteur doit être équipé d'un moyen de communication rapide fourni par l'entreprise (un téléphone portable, par exemple).
2. Aide à la personne handicapée ou à mobilité réduite.
A l'exclusion de toute autre prestation et notamment du portage, une aide à la personne handicapée et/ou à mobilité réduite sera apportée par le conducteur accompagnateur, si besoin, entre le véhicule de transport et le lieu de prise en charge et/ou la destination de manière à toujours laisser la personne en position sécurisée.
Dans les cas d'accès difficile au domicile de la personne handicapée et/ou à mobilité réduite, et lorsque le conducteur ne peut pas accompagner seul cette personne ou laisser une ou des personnes dans le véhicule avec une sécurité optimale, il devra être aidé soit par l'organisation mise en place par l'autorité organisatrice , - par une personne valide et autonome de l'entourage de la personne handicapée et/ou à mobilité réduite.
Les éléments qui précèdent doivent être identifiés avec précision dans la feuille de liaison. (...)
B. - La formation
Au-delà de la possession d'un permis de conduire B, ou d'un permis D, le conducteur accompagnateur de transport spécialisé de personnes handicapées et/ou à mobilité réduite doit obligatoirement avoir suivi une formation complémentaire et spécifique dans les domaines suivants : PSC1 ou équivalent ; connaissance de la clientèle : accueil personnalisé, enfants handicapés, précautions gériatriques, troubles spécifiques ; gestes et postures. (...)'. Ne sont pas tenus par cette obligation de formation les conducteurs ayant exercé une activité de transport de personnes handicapées et/ ou à mobilité réduite pendant au moins 1 an au cours des 3 dernières années, cette condition s'appréciant à la date de signature de l'accord, ou ayant déjà suivi une formation équivalente à celle définie en CPNE et validée par celle-ci.'
Les liquidateurs ne justifient pas du suivi des formations obligatoires ni d'une équivalence pour l'intimé (seule la formation PSC 1 est justifiée) alors que le respect des conditions posées par l'article 2-B précité conditionne la qualification du salarié.
Ce dernier ne pouvait dès lors se voir confier les fonctions de conducteur accompagnateur, l'employeur n'étant pas fondé à lui appliquer une retenue journalière de trente minutes au titre de l'accord du 7 juillet 2009 susvisé.
C'est également à tort que les liquidateurs allèguent que la société était fondée à opérer cette retenue,au visa de l'article L.3121-4 du code du travail, le temps de trajet entre le domicile et le lieu d'exécution du contrat n'étant pas un temps de travail effectif.
L'article 4 de l'ARTT applicable au salarié et plus favorable que le régime légal, précise en effet que'le temps de travail effectif des conducteurs comprend les temps de conduite, les temps de travaux annexes et les temps à disposition', l'article 4.1 spécifiant que 'les temps de conduite sont les périodes consacrées à la conduite de véhicules professionnels'.
Ainsi, les temps de conduite passés par le salarié à bord du véhicule professionnel entre son domicile et le premier et le dernier lieu de prise en charge sont assimilés par ce texte à un temps de travail effectif sur lequel l'employeur n'était pas fondé à opérer la retenue litigieuse.
En conséquence, c'est à bon droit que le conseil a retenu ce manquement de l'employeur.
b) Sur le paiement des travaux annexes
L'article 4 de l'ARTT susvisé indique que « Le temps de travail effectif des conducteurs comprend les temps de conduite, les temps de travaux annexes et les temps à disposition. (..)', l'article 4.2 précisant que ' (...) La durée et le détail de ces travaux annexes sont décomptés pour chaque entreprise au regard des temps réellement constatés, sans que leur durée puisse être inférieure à 1 heure par semaine entière de travail. S'agissant d'un minimum conventionnel, il ne s'applique qu'à défaut d'accord d'entreprise plus favorable. » Ces dispositions sont également applicables aux conducteurs accompagnateurs.
L'examen des bulletins de paie du salarié fait apparaître que celui-ci a été rémunéré des travaux annexes au cours de la période considérée, de sorte qu'aucun manquement de l'employeur n'est établi de ce chef, ainsi que l'a justement considéré le premier juge.
c) Sur le décompte et le paiement des heures complémentaires
S'il résulte des motifs qui précèdent que l'employeur a méconnu ses obligations en matière de décompte hebdomadaire et de paiement mensuel des heures complémentaires, le salarié, qui a été réglé des sommes dues au titre des majorations impayées alléguées pour l'année scolaire 2018/2019, ne démontre pas l'existence d'un préjudice distinct en lien avec cette carence de l'employeur.
Au total, la carence fautive de l'employeur dans la formation obligatoire, condition pourtant nécessaire pour voir qualifier le salarié de conducteur accompagnateur et lui appliquer la retenue de 30 mn par jour prévue par l'accord du 7 juillet 2009, a causé un préjudice financier et moral à M. [R] lequel sera réparé par l'allocation d'une créance de dommages-intérêts de 1.500 euros fixée au passif de la liquidation judiciaire de la société Vortex.
Le jugement sera infirmé sur le quantum.
5. Sur la demande pour préjudice subi :
Le salarié n'articulant aucun moyen de fait concernant ce préjudice complémentaire ni ne justifiant d'un quelconque préjudice, il sera débouté de cette demande, le jugement étant confirmé sur ce point.
6. Sur le travail dissimulé
L'article L'8221-5 du code du travail énonce qu'est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur ':
1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche;
2° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 3243-2, relatif à la délivrance d'un bulletin de paie, ou de mentionner sur ce dernier un nombre d'heures de travail inférieur à celui réellement accompli, si cette mention ne résulte pas d'une convention ou d'un accord collectif d'aménagement du temps de travail conclu en application du titre II du livre Ier de la troisième partie;
3° Soit de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales.
L'article L'8223-1 du même code prévoit qu'en cas de rupture de la relation de travail, le salarié auquel un employeur a eu recours dans les conditions de l'article L. 8221-3 ou en commettant les faits prévus à l'article L. 8221-5 a droit à une indemnité forfaitaire égale à six mois de salaire.
Le paiement de cette indemnité suppose de rapporter la preuve, outre de la violation des formalités visées à l'article L'8223-1, de la volonté chez l'employeur de se soustraire intentionnellement à leur accomplissement.
En l'espèce, il résulte de ce qui précède, que la société Vortex, en ce qu'elle a systématiquement méconnu les dispositions applicables en matière de décompte hebdomadaire des heures complémentaires et de paiement mensuel de ces mêmes heures, en dépit des alertes non contestées émises par les instances représentatives du personnel et par l'inspection du travail, peu important que ces dernières n' aient pas été suivie de poursuites, s'est intentionnellement soustraite à ses obligations en matière de déclaration mensuelle des heures complémentaires et doit être condamnée au payement de l'indemnité.
En conséquence, il y a lieu de confirmer la décision entreprise de ce chef.
7. Sur les autres demandes
Le jugement d'ouverture de la procédure collective a entraîné l'arrêt des intérêts légaux et conventionnels en vertu de l'article L.622-28 du code de commerce.
Il n'est pas inéquitable, au regard de la situation respective des parties, de laisser à chacune d'elles ses dépens et ses frais irrépétibles d'appel.
Par ces motifs :
La cour,
Déclare irrecevables comme nouvelles en cause d'appel les demandes de fixation de créances au titre de la perte de chance de percevoir les majorations d'heures complémentaires et des travaux annexes ;
Confirme le jugement entrepris sauf en ce qu'il a :
- fixé en faveur de M. [R] au passif de la liquidation judiciaire de la Sasu Vortex les créances suivantes :
> 44.171,41 euros au titre des rappels de salaire à temps complet de mai 2016 à juin 2020,
> 4.417,14 euros au titre des congés payés afférents au rappel de prime de 13ème mois,
> 3.680,95 euros au titre de l'incidence sur la prime de 13ème mois,
> 113,94 euros au titre des congés payés y afférents,
> 3.000 euros à titre de dommages et intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail,
- débouté M.[R] de sa demande de fixation d'une créance indemnitaire complémentaire formée au titre du préjudice subi ;
Statuant à nouveau sur les seuls chefs infirmés et y ajoutant :
- fixe en faveur de M. [R] au passif de la liquidation judiciaire de la Sasu Vortex les créances suivantes :
> 36.313,16 euros à titre de rappel de salaire à temps complet du 2 novembre 2016 à juin 2020,
> 3.631,31 euros au titre des congés payés afférents au rappel de salaire,
> 3.025,11 euros au titre de l'incidence sur la prime de 13 ème mois,
> 1.500 euros au titre de l'exécution déloyale du contrat,
- déboute M. [R] de ses demandes de fixation de créances au titre des salaires exigibles antérieurement au contrat intermittent requalifié du 2 novembre 2016, des congés payés sur la prime de 13ème mois ;
- dit que chacune des parties conserve la charge des dépens par elle exposés en appel et rejette les demandes fondées sur l'article 700 du code de procédure civile en cause d'appel.
LE GREFFIER LE PRESIDENT