Texte intégral
TROISIEME CHAMBRE CIVILE
14 Juin 2024
N° RG 23/04172 - N° Portalis DB3U-W-B7H-NIDM
Code NAC : 53J
S.A. COMPAGNIE EUROPEENNE DE GARANTIES ET CAUTIONS
C/
[C], [I], [M] [U]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE PONTOISE
La Troisième Chambre Civile du Tribunal judiciaire de Pontoise, statuant publiquement, par décision réputée contradictoire et en premier ressort assistée de Océane UTRERA, Greffier a rendu le 14 juin 2024, par mise à disposition au greffe, le jugement dont la teneur suit et dont ont délibéré :
Madame LEAUTIER, Première Vice-présidente
Madame BABA-AISSA, Juge
Madame CHOU, Magistrate à titre temporaire
Sans opposition des parties l'affaire a été plaidée le 05 Avril 2024 devant Camille LEAUTIER, siégeant en qualité de Juge Rapporteur qui a été entendu en son rapport par les membres de la Chambre en délibéré.
Jugement rédigé par : Camille LEAUTIER
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DEMANDERESSE
S.A. COMPAGNIE EUROPEENNE DE GARANTIES ET CAUTIONS, dont le siège social est sis [Adresse 2], représentée par Me Séverine GALLAS, avocat au barreau de VAL D’OISE
DÉFENDERESSE
Madame [C], [I], [M] [U], demeurant [Adresse 1], défaillant
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FAITS - PROCEDURE - PRETENTIONS DES PARTIES
Suivant acte signé électroniquement en date du 2 février 2020, Madame [C] [U] a accepté l’offre préalable de prêt immobilier que la société Caisse d’Epargne Île de France lui a faite le 11 janvier d’un montant de 145.000 Euros, remboursable en 300 mensualités et affecté d’un taux d’intérêt conventionnel annuel fixe de 1,50 % (TAEG annuel de 2,40 %). La société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions s’est portée caution solidaire de Madame [C] [U] à hauteur de 100% du prêt précité. Les échéances du 5 octobre au 5 décembre 2022 sont demeurées impayées. Par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 7 décembre 2022, la société Caisse d’Epargne Île de France a mis Madame [C] [U] en demeure de régulariser la situation par le paiement avant le 22 décembre 2022 de la somme de 1.881,48 Euros. Cette mise en demeure est restée infructueuse. Par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 27 janvier 2023, la société Caisse d’Epargne Île de France a prononcé la déchéance du terme et mis Madame [C] [U] en demeure de lui payer sous quinzaine la somme de 145.432,87 Euros. Cette mise en demeure est restée infructueuse. Par courrier en date du 17 mars 2023, la société Caisse d’Epargne Île de France a mis la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions en demeure de lui régler les sommes restant dues au titre du prêt précité, laquelle en a informé Madame [C] [U] par courrier en date du 31 mars 2023. Le 13 juin 2023, la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions, intervenant en sa qualité de caution solidaire de Madame [C] [U] , a payé à la société Caisse d’Epargne Île de France la somme de 135.908,74 Euros. Par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 18 juillet 2023, la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions a mis Madame [C] [U] en demeure de lui régler la somme totale de 135.908,74 Euros,. Cette mise en demeure est également restée infructueuse.
Par exploit introductif d’instance en date du 3 août 2023, la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions a donc fait assigner Madame [C] [U] devant le Tribunal Judiciaire de Pontoise, auquel il est demandé sur le fondement des articles 2305 (ancien) du Code Civil et L512-2 du Code des Procédures Civiles d’Exécution :
à titre principal :
* de condamner Madame [C] [U] à lui payer :
1°) la somme de 135.908,74 Euros, majorée des intérêts de retard calculés au taux légal sur cette somme à compter du 13 juin 2023, date de son paiement à la banque, et ce jusqu’à parfait paiement,
2°) la somme de 2.400 Euros au titre des frais engagés par elle postérieurement à la dénonciation faite à Madame [C] [U] des poursuites dirigées contre elle au titre de sa garantie,
* de dire et juger le cas échéant que Madame [C] [U] ne pourra bénéficier de délais de paiement et prendre acte de ce qu’elle s’oppose par anticipation et par principe, eu égard aux circonstances de l’espèce, à toute demande de délais de paiement,
* de débouter le cas échéant Madame [C] [U] de sa contestation visant à combattre le bien fondé du recours personnel reposant sur l’article 2305 (ancien) du code civil,
à titre subsidiaire :
* de condamner Madame [C] [U] à lui payer la somme de 2.500 Euros sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile,
en tout état de cause :
* d’ordonner l’exécution provisoire de la décision à intervenir,
* de condamner Madame [C] [U] aux entiers dépens.
Madame [C] [U] , assignée dans les conditions de l’article 659 du code de procédure civile, n’a pas constitué avocat. La présente décision étant susceptible d’appel, il sera statué par jugement réputé contradictoire. L’ordonnance de clôture a été rendue le 11 janvier 2024, fixant l’affaire à l’audience qui s’est tenue le 5 avril 2024, à l’issue de laquelle la décision a été mise en délibéré au 14 juin 2024, étant précisé qu’en application de l’article 455 du code de procédure civile, il convient de se reporter aux écritures de la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions pour un plus ample exposé de ses moyens, étant précisé également qu’il résulte de l’article 472 du code de procédure civile que si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué, le juge ne faisant droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée, étant précisé enfin que les articles 2305 (ancien) et suivants du Code Civil visés ci-après le sont dans leur rédaction antérieure à l’ordonnance n°2021-1192 du 15 septembre 2021 portant réforme du droit des sûretés, applicable en l’espèce compte-tenu de la date de l’engagement de la demanderesse en qualité de caution.
MOTIFS
I - Sur la demande de la Compagnie Européenne de Garanties et Cautions à l’encontre de Madame [C] [U] au titre du prêt :
En vertu de l’article 2305 (ancien) du code civil dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance n°2021-1192 du 15 septembre 2021 portant réforme du droit des sûretés :
- la caution qui a payé a son recours contre le débiteur principal, soit que le cautionnement ait été donné au su ou à l’insu du débiteur ;
- ce recours a lieu tant pour le principal que pour les intérêts et les frais ; néanmoins, la caution n’a de recours que pour les frais par elle faits depuis qu’elle a dénoncé au débiteur principal les poursuites engagées contre elle.
- elle a aussi recours pour les dommages intérêts, s’il y a lieu.
L’article 2305 (ancien) du Code Civil offre ainsi à la caution un recours personnel portant tant sur le principal que sur les intérêts et les frais, étant précisé :
- que le principal vise la somme que la caution a payée en lieu et place du débiteur, à savoir le principal, les intérêts et accessoires de la dette principale si la caution s’était engagée à les garantir ;
- que les intérêts de l’article 2305 (ancien) précité sont les intérêts de la somme que la caution a payée, qui ont couru de plein droit entre le jour où elle a payé le créancier et celui où le débiteur la rembourse, ces intérêts étant destinés à réparer le préjudice causé à la caution par le retard mis par le débiteur pour la rembourser ;
- que les frais évoqués à l’article 2305 (ancien) sont ceux que la caution a exposés et non ceux qu’elle garantissait, qui sont compris dans le principal de sa dette envers le créancier, étant précisé que la caution n’a de recours sur le fondement de l’article 2305 (ancien) alinéa 2 que pour ceux des frais qu’elle a engagés après avoir dénoncé au débiteur principal les poursuites dirigées contre elle ;
- que les dommages-intérêts prévus au troisième alinéa de l’article 2305 (ancien) permettent à la caution d’obtenir réparation des préjudices qu’elle a subis, à condition qu’ils soient distincts du seul fait d’avoir eu à payer.
En l’espèce, la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions agit à l’encontre de Madame [C] [U] sur le fondement de l’article 2305 (ancien) du Code Civil. En produisant la quittance subrogative que la société Caisse d’Epargne Île de France lui a délivrée, la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions rapporte la preuve qu’elle a payé le 13 juin 2023 au prêteur immobilier la somme de 135.908,74 Euros au titre du prêt immobilier précité. Il s’ensuit que la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions est bien fondée au titre de son recours personnel sur le fondement de l’article 2305 (ancien) du Code Civil à obtenir le paiement de la somme précitée. Il convient par conséquent de condamner Madame [C] [U] à payer à la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions la somme totale de 135.908,74 Euros, majorée des intérêts de retard calculés au taux légal à compter du 13 juin 2023 jusqu’à parfait paiement.
II - Sur la demande de la Compagnie Européenne de Garanties et Cautions au titre des frais engagés par elle postérieurement à la dénonciation faite à Madame [C] [U] des poursuites dirigées contre elle au titre de sa garantie :
S’agissant de cette demande, la Compagnie Européenne de Garanties et Cautions produit à ce titre une facture du montant des honoraires (forfaitaires et complémentaires) dus à son avocat au titre de la prise de titre devant le Tribunal judiciaire de Pontoise, de la prise de garantie hypothécaire et du suivi procédural.
Toutefois, ces frais n’entrent pas dans le champ d’application de l’article 2305 ancien du code civil dès lors qu’ils ne sont pas liés aux sommes versées par la Compagnie Européenne de Garanties et Cautions en sa qualité de caution en lieu et place du débiteur, mais relèvent des frais irrépétibles engagés pour la présente instance et l’inscription d’hypothèque judiciaire provisoire.
En conséquence, la Compagnie Européenne de Garanties et Cautions sera déboutée de sa demande au titre des frais présentée sur le fondement de l’article 2305 (ancien) du code civil.
III - Sur les demandes relatives aux frais du procès :
Aux termes de l'article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie. En l’espèce, il convient par conséquent de condamner Madame [C] [U] aux entiers dépens.
Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a lieu à condamnation. En l’espèce, il apparaît inéquitable de laisser à la charge de la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions l’intégralité de ses frais irrépétibles, dont il est justifié par la production de la facture des honoraires dus à son avocat. Il convient par conséquent de condamner Madame [C] [U] à lui payer la somme de 2.500 Euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile et de la débouter du surplus de sa demande de ce chef.
Enfin, il convient de rappeler qu’aux termes de l'article 514 du code de procédure civile, dans sa rédaction applicable aux assignations délivrées à compter du 1er janvier 2020, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. en l’espèce, n’étant pas incompatible avec la nature de l’affaire, il n’y a pas lieu de l’écarter.
PAR CES MOTIFS
Le Tribunal,
CONDAMNE Madame [C] [U] à payer à la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions :
1°) la somme totale de 135.908,74 Euros, assortie des intérêts de retard calculés au taux légal à compter du 13 juin 2023 jusqu’à parfait paiement,
2°) la somme de 2.500 Euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile
CONDAMNE Madame [C] [U] aux entiers dépens,
DÉBOUTE la société Compagnie Européenne de Garanties et Cautions de sa demande au titre des frais engagés postérieurement à la dénonciation des poursuites dirigées contre elle,
RAPPELLE que la présente décision est de plein droit exécutoire par provision.
Le présent jugement ayant été signé par le Président et le Greffier.
Fait à Pontoise le 14 juin 2024
LE GREFFIER LE PRESIDENT
Madame UTRERA Madame LEAUTIER
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