Texte intégral
COUR D'APPEL DE RENNES
N° 23/59
N° N° RG 23/00110 - N° Portalis DBVL-V-B7H-TRIC
JURIDICTION DU PREMIER PRÉSIDENT
O R D O N N A N C E
articles L 741-10 et suivants du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Nous, Jean-Denis BRUN, conseiller à la cour d'appel de RENNES, délégué par ordonnance du premier président pour statuer sur les recours fondés sur les articles L.741-10 et suivants du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assisté de Sandrine KERVAREC, greffière,
Statuant sur l'appel formé le 23 Février 2023 à 16 h 54 par Me Marie-Aude PAULET-PRIGENT avocat au barreau de Rennes au nom de :
M. [Z] [P] MANE
né le [Date naissance 1] 1983 à [Localité 2] (SENEGAL)
de nationalité Sénégalaise
d'une ordonnance rendue le 22 Février 2023 à 18 h 20 par le juge des libertés et de la détention du Tribunal judiaire de RENNES qui a rejeté l'exception de nullité soulevée, le recours formé à l'encontre de l'arrêté de placement en rétention administrative, et ordonné la prolongation du maintien de M. [Z] [P] MANE dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée maximale de vingt-huit jours à compter du 22 février 2023 à 14 h 15;
En l'absence de représentant du préfet de Ille et Vilaine, dûment convoqué,
En l'absence du procureur général régulièrement avisé, (avis écrit)
En présence de [Z] [P] [R], assisté de Me Aurélie ZAEGEL, avocat au barreau de RENNES
Après avoir entendu en audience publique le 24 Février 2023 à 11 H 00 l'appelant et son avocat en leurs observations,
Avons mis l'affaire en délibéré et le 24 Février 2023 à 14 heures, avons statué comme suit :
Par arrêté du 20 février 2023 notifié le même jour le Préfet d'Ille et Vilaine a fait obligation à Monsieur [Z] MANE de quitter le territoire français.
Par arrêté du 20 février 2023 notifié le même jour le Préfet d'Ille et Vilaine a placé Monsieur MANE en rétention dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire et a saisi le juge des libertés et de la détention du Tribunal Judiciaire de Rennes d'une requête en prolongation de la rétention le 21 février 2023.
Par requête du même jour Monsieur MANE a saisi le juge des libertés et de la détention d'une requête en contestation de la régularité de l'arrêté de placement en rétention.
Par ordonnance du 22 février 2023 le juge des libertés et de la détention a dit que le Préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation de Monsieur MANE et n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il avait considéré que l'intéressé ne présentait pas de garanties suffisantes de représentation et en prenant compte les éléments relatifs à l'état de santé de l'intéressé, a dit que l'intéressé avait bénéficié d'un examen médical en garde à vue et a autorisé la prolongation de la rétention pour une durée de vingt-huit jours.
Par déclaration de son Avocat du 23 février 2022 Monsieur MANE a formé appel de cette ordonnance.
Il soutient que le Préfet, en ne retenant pas qu'il disposait d'un passeport, qu'il avait déclaré une adresse dont la réalité n'avait pas été vérifiée et qu'il avait des problèmes de santé sérieux, n'avait pas procédé à un examen approfondi de sa situation et avait commis une erreur manifeste d'appréciation.
Il fait valoir en outre qu'à l'issue de son examen médical en garde à vue le médecin a conditionné le maintien de cette mesure privative de liberté à l'administration d'un traitement et que la preuve n'est pas rapportée dans la procédure qu'il ait eu accès à ce traitement.
Il sollicite la condamnation du Préfet d'Ille et Vilaine à payer à son Avocat la somme de 500,00 Euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle.
A l'audience, Monsieur MANE, assisté de son Avocat, fait développer oralement les termes de sa déclaration d'appel et maintient sa demande indemnitaire.
Le Préfet d'Ille et Vilaine est absent et n'a pas adressé de mémoire.
Le Procureur Général a sollicité la confirmation de l'ordonnance attaquée selon avis du 24 février 2023.
MOTIFS
L'appel, formé dans les formes et délais légaux, est recevable.
Sur le défaut d'examen approfondi de la situation et l'erreur manifeste d'appréciation,
L'article L741-1 du CESEDA prévoit que l'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quarante-huit heures, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision.
Le risque mentionné au premier alinéa est apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3.
L'article L612-3 du CESEDA dispose que le risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière si :
1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;
4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;
5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;
6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ;
7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ;
8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.
L'article 15 de la Directive 2008/115/CE prévoit qu'à moins que d'autres mesures suffisantes, mais moins coercitives, puissent être appliquées efficacement dans un cas particulier, les États membres peuvent uniquement placer en rétention le ressortissant d'un pays tiers qui fait l'objet de procédures de retour afin de préparer le retour et/ou de procéder à l'éloignement, en particulier lorsqu'il existe un risque de fuite.
En l'espèce, il ne peut être sérieusement fait grief au Préfet de ne pas avoir retenu l'adresse déclarée par Monsieur [S] comme ne correspondant pas à un lieu de résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale dans la mesure où l'intéressé a déclaré aux gendarmes le 19 février 2023 qu'il vivait chez Monsieur [X] depuis quatre mois, mais que souvent il dormait chez sa s'ur et qu'il avait une adresse postale à la Croix Rouge. L'attestation d'hébergement qu'il produit pour la première fois devant la Cour ne peut, dans ces conditions, justifier d'une résidence effective et stable.
S'agissant de son état de vulnérabilité, le Préfet a repris les propos de Monsieur MANE lors de la même audition, précisant qu'il a des problèmes de c'ur, d'arthrose à l'épaule et de dents mais a également pris en compte l'absence de justificatifs d'une part de l'existence de ces difficultés et d'autre part de la preuve de l'incompatibilité avec son maintien en rétention. Devant la Cour Monsieur MANE ne produit toujours aucun document et déclare n'avoir pas vu un médecin depuis 2021.
Enfin, comme l'a pris en considération le Préfet, les pièces de la procédure débattues contradictoirement montrent que l'intéressé est dépourvu de document de voyage en cours de validité et d'identité et s'est soustrait à la mesure d'éloignement du 05 janvier 2022.
C'est après un examen approfondi de la situation de l'intéressé et de son état de vulnérabilité et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que le Préfet a décidé de son placement en rétention.
S'agissant de l'absence de prise de traitement médicamenteux en garde à vue, la seule lecture du certificat médical du 18 février 2023 à 19 h 15 montre qu'aucun médicament n'a été prescrit à Monsieur MANE, que le médecin a considéré son état compatible avec la garde à vue sous réserve qu'il bénéficie d'une hydratation avec 3 litres d'eau par vingt-quatre heures. Monsieur MANE ne soutient pas ne pas avoir pu boire et le procès-verbal de déroulé de la garde à vue montre qu'à plusieurs reprises il s'est hydraté.
Il y a lieu de confirmer l'ordonnance du juge des libertés et de la détention et de rejeter la demande au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
PAR CES MOTIFS
Confirmons l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du Tribunal Judiciaire de Rennes du 22 février 2023 ,
Rejetons les demande au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991,
Laissons les dépens à la charge du Trésor Public.
Fait à Rennes, le 24 Février 2023 à 14 heures
LE GREFFIER, PAR DÉLÉGATION, LE CONSEILLER,
Notification de la présente ordonnance a été faite ce jour à [Z] [P] MANE, à son avocat et au préfet
Le Greffier,
Cette ordonnance est susceptible d'un pourvoi en cassation dans les deux mois suivant la présente notification et dans les conditions fixées par les articles 973 et suivants du code de procédure civile.
Communication de la présente ordonnance a été faite ce même jour au procureur général.
Le Greffier
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