Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE PARIS [1]
[1] Copie conforme délivrée
le :
à :Monsieur [T] [K]
Madame [G] [J] épouse [K]
Copie exécutoire délivrée
le :
à :Me Julie CONVAIN
Pôle civil de proximité
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PCP JCP ACR fond
N° RG 23/10164 - N° Portalis 352J-W-B7H-C3ULR
N° MINUTE : 7
JUGEMENT
rendu le 22 avril 2024
DEMANDERESSE
Fondation FYSSEN, dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par Me Julie CONVAIN, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : #C0024
DÉFENDEURS
Monsieur [T] [K], demeurant [Adresse 2]
non comparant, ni représenté
Madame [G] [J] épouse [K], demeurant [Adresse 2]
non comparante, ni représentée
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Fairouz HAMMAOUI, Vice-présidente, juge des contentieux de la protection
assistée de Nicolas RANA, Greffier, lors des débats et Jennifer BRAY, Greffière, lors des délibérés
DATE DES DÉBATS
Audience publique du 12 février 2024
JUGEMENT
réputé contradictoire et en premier ressort prononcé par mise à disposition le 22 avril 2024 par Fairouz HAMMAOUI, juge des contentieux de la protection assistée de Jennifer BRAY, Greffière
Décision du 22 avril 2024
PCP JCP ACR fond - N° RG 23/10164 - N° Portalis 352J-W-B7H-C3ULR
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 22 mars 2023, la FONDATION FYSSEN a consenti un bail d'habitation à Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] sur des locaux situés au [Adresse 2] ( bâtiment B, 1er étage, à gauche en sortant de l'ascenseur, porte fond de couloir droite) à [Localité 3], moyennant le paiement d'un loyer mensuel de 2096 euros et d'une provision pour charges de 324 euros.
Par actes de commissaire de justice du 13 juillet 2023, le bailleur a fait délivrer aux locataires un commandement de payer la somme principale de 9061,52 euros au titre de l'arriéré locatif, visant la clause résolutoire prévue dans le contrat.
La commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] le 21 juillet 2023.
Par assignations du 27 octobre 2023, la FONDATION FYSSEN a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire, être autorisé à faire procéder à l'expulsion de Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] et obtenir leur condamnation solidaire au paiement des sommes suivantes :
une indemnité mensuelle d'occupation d'un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu'à libération des lieux,16321,52 euros au titre de l'arriéré locatif arrêté au 1er octobre 2023, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer,2500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens.
L'assignation a été notifiée au représentant de l'État dans le département le 31 octobre 2023, mais aucun diagnostic social et financier n'est parvenu au greffe avant l'audience.
À l'audience du 12 février 2024, la FONDATION FYSSEN maintient l'intégralité de ses demandes, et précise que la dette locative, actualisée au 2 février 2024, s'élève désormais à 26001,52 euros. Elle précise qu'il n'y a pas eu de reprise du paiement intégral du loyer courant avant l'audience, au sens de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
Bien que régulièrement assignés par actes de commissaire de justice délivrés à étude, Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] n'ont pas comparu et ne se sont pas fait représenter.
La FONDATION FYSSEN ne forme aucune demande de suspension des effets de la clause résolutoire.
En application de l'article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, les parties ont été invitées à produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
La FONDATION FYSSEN a précisé ne pas avoir connaissance de l'existence d'une telle procédure concernant Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K].
À l'issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu'à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
En application de l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant alors droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la demande de constat de la résiliation du bail
Sur la recevabilité de la demande
La FONDATION FYSSEN justifie avoir notifié l'assignation au représentant de l'État dans le département plus de six semaines avant l'audience.
Il justifie également avoir saisi la commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l'assignation.
Son action est donc recevable au regard des dispositions de l'article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Sur la résiliation du bail
Aux termes de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, dans sa version en vigueur à la date de la conclusion du contrat de bail litigieux, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l'espèce, un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales et la clause résolutoire contenue dans le contrat de location a été signifié aux locataires le 13 juillet 2023. Or, d'après l'historique des versements, la somme de 9061,52 euros n'a pas été réglée par ces derniers dans le délai de deux mois suivant la signification de ce commandement et aucun plan d'apurement n'a été conclu dans ce délai entre les parties.
Le bailleur est donc bien fondé à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 14 septembre 2023.
Il convient, en conséquence, d'ordonner aux locataires ainsi qu'à tous les occupants de leur chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d'autoriser la FONDATION FYSSEN à faire procéder à l'expulsion de toute personne y subsistant.
Cependant, dès lors qu'aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l'article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, il convient de rappeler que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance aux locataires d'un commandement de quitter les lieux.
Sur la dette locative
Aux termes de l'article 1353 du code civil, celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver tandis que celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement.
L'article 1103 du même code prévoit, par ailleurs, que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
En l'espèce, la FONDATION FYSSEN verse aux débats un décompte démontrant qu'à la date du 2 février 2024, Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] lui devaient la somme de 26001,52 euros, soustraction faite des frais de procédure.
Toutefois, en l'absence de comparution des locataires, le principe de la contradiction impose de limiter la demande du bailleur au montant figurant dans l'assignation, soit 16321,52 euros, suivant décompte arrêté au 1er octobre 2023.
Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, ils seront solidairement condamnés à payer cette somme au bailleur, avec intérêts au taux légal à compter du 13 juillet 2023 sur la somme de 9061,52 euros et à compter de l'assignation pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1344-1 du code civil.
Sur l'indemnité d'occupation
En cas de maintien dans les lieux des locataires ou de toute personne de leur chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d'occupation sera due. Son montant sera fixé au montant actuel du loyer et des charges.
L'indemnité d'occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l'étaient le loyer et les charges, à partir du 14 septembre 2023, et ne cessera d'être due qu'à la libération effective des locaux avec remise des clés à la FONDATION FYSSEN ou à son mandataire.
Sur l'article 700 du code de procédure civile et les dépens
Aux termes de l'article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; dans tous les cas, le juge tient compte de l'équité et de la situation économique de la partie condamnée.
Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K], qui succombent à la cause, seront solidairement condamnés aux dépens de la présente instance, conformément à l'article 696 du code de procédure civile.
L'équité commande par ailleurs de faire droit à hauteur de 1000 euros à la demande de la FONDATION FYSSEN concernant les frais non compris dans les dépens, en application des dispositions précitées.
Sur l'exécution provisoire
Selon l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement.
Toutefois, selon l'article 514-1 du même code, le juge peut écarter l'exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s'il estime qu'elle est incompatible avec la nature de l'affaire. Il statue, d'office ou à la demande d'une partie, par décision spécialement motivée.
En l'espèce, au regard des conséquences graves et irréversibles de l'exécution de la présente décision, l'exécution provisoire risque d'entraîner des conséquences manifestement excessives privant de réalité le droit au double degré de juridiction, et apparaît, de ce fait, incompatible avec la nature de l'affaire. Il convient donc de l'écarter.
PAR CES MOTIFS,
La juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que la dette locative visée dans le commandement de payer du 13 juillet 2023 n'a pas été réglée dans le délai de deux mois,
CONSTATE, en conséquence, que le contrat conclu le 22 mars 2023 entre la FONDATION FYSSEN, d'une part, et Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K], d'autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 2] ( bâtiment B, 1er étage, à gauche en sortant de l'ascenseur, porte fond de couloir droite) à [Localité 3] est résilié depuis le 14 septembre 2023,
DIT n'y avoir lieu d'octroyer des délais de paiement à Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K], sans préjudice des délais qui pourraient leur être accordés dans le cadre d'une procédure de surendettement,
ORDONNE à Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] de libérer de leur personne, de leurs biens, ainsi que de tous occupants de leur chef, les lieux situés au [Adresse 2] ( bâtiment B, 1er étage, à gauche en sortant de l'ascenseur, porte fond de couloir droite) à [Localité 3] ainsi que, le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement,
DIT qu'à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l'assistance de la force publique,
DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution,
RAPPELLE que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'hors période hivernale et à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement d'avoir à libérer les lieux,
CONDAMNE solidairement Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] au paiement d'une indemnité d'occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail,
DIT que cette indemnité d'occupation, qui se substitue au loyer dès le 14 septembre 2023, est payable dans les mêmes conditions que l'étaient le loyer et les charges, jusqu'à libération effective des lieux et remise des clés au bailleur ou à son mandataire,
CONDAMNE solidairement Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] à payer à la FONDATION FYSSEN la somme de 16321,52 euros (seize mille trois cent vingt et un euros et cinquante-deux centimes) au titre de l'arriéré locatif arrêté au 1er octobre 2023, avec intérêts au taux légal à compter du 13 juillet 2023 sur la somme de 9061,52 euros et à compter de l'assignation pour le surplus,
ÉCARTE l'exécution provisoire de droit de la présente décision,
CONDAMNE solidairement Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] à payer à la FONDATION FYSSEN la somme de 1000 euros (mille euros) au titre de l'article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE solidairement Monsieur [T] [K] et Madame [G] [K] aux dépens comprenant notamment le coût des commandements de payer du 13 juillet 2023 et celui des assignations du 27 octobre 2023.
Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024, et signé par la juge et la greffière susnommées.
La Greffière La Juge