Texte intégral
MINUTE N° :
ORDONNANCE DU : 10 Février 2026
DOSSIER N° : N° RG 25/02178 - N° Portalis DB2H-W-B7J-3ODE
AFFAIRE : [O] [E] C/ [P] [I], ONIAM, S.A.S. MEDIPOLE HOPITAL PRIVE
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LYON
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
PRÉSIDENT : Madame Stéphanie BENOIT, Vice-Présidente
GREFFIER : Madame Catherine COMBY
PARTIES :
DEMANDERESSE
Madame [O] [E]
née le [Date naissance 1] 1980 à [Localité 8] (AFGHANISTAN),
demeurant [Adresse 5]
(bénéficie d’une aide juridictionnelle Totale numéro 2025-014626 du 05/09/2025 accordée par le bureau d’aide juridictionnelle de [Localité 9])
représentée par Maître Caroline BRUN, avocat au barreau de LYON
DEFENDERESSES
Madame [P] [I],
demeurant [Adresse 4]
représentée par Maître Isabelle REBAUD de la SELARL REBAUD AVOCATS, avocats au barreau de LYON
ONIAM,
dont le siège social est sis [Adresse 2]
représentée par Maître Eric DUMOULIN de la SCP DUMOULIN - ADAM, avocats au barreau de LYON, avocat postulant et Maître Céline ROQUELLE-MEYER de la SELARLU RRM avocat, avocats au barreau de PARIS, avocat plaidant
S.A.S. MEDIPOLE HOPITAL PRIVE,
dont le siège social est sis [Adresse 3]
représentée par Maître Marie-christine MANTE-SAROLI de la SELARL MANTE SAROLI AVOCATS ASSOCIES, avocats au barreau de LYON
Débats tenus à l'audience du 16 Décembre 2025
Notification le
à :
Maître Caroline BRUN - 1299, Expédition et grosse
Maître Eric DUMOULIN de la SCP DUMOULIN - ADAM - 1411, Expédition
Maître Marie-christine MANTE-SAROLI de la SELARL MANTE SAROLI AVOCATS ASSOCIES - 1217, Expédition
Maître Isabelle REBAUD de la SELARL REBAUD AVOCATS - 2683, Expédition
+ service suivi des expertises, régie et expert, Expédition
EXPOSÉ DU LITIGE
Suivant actes de commissaire de justice en date du 6 novembre 2025 et du 19 novembre 2025, Madame [O] [E] a fait assigner le Docteur [P] [I], la SAS MÉDIPOLE HÔPITAL PRIVÉ et l’OFFICE NATIONAL D’INDEMNISATION DES ACCIDENTS MÉDICAUX, DES AFFECTIONS IATROGÈNES ET DES INFECTIONS NOSOCOMIALES (ONIAM) devant le juge des référés de [Localité 9].
Elle explique avoir subi le 22 avril 2025 une hystérectomie totale accomplie par le Docteur [I] au sein de l’établissement MÉDIPOLE HÔPITAL [10], consécutivement à laquelle une lésion de l’uretère a été mise en évidence qui a justifié l’exécution d’un nouveau geste opératoire.
Aux termes de son assignation, Madame [E] sollicite l’organisation d’une mesure d’expertise médicale aux fins d’évaluation de la qualité des soins reçus et de chiffrage de son dommage, confiée à un chirurgien spécialisé, avec réserve des dépens.
L’ONIAM émet les protestations et réserves d’usage, réclamant que les dépens soient réservés.
Le Docteur [I] en fait autant et souhaite la désignation d’un praticien spécialisé en gynécologie.
L’établissement de soins entend être mis hors de cause dès lors que le Docteur [I] exerce son activité à titre libéral et qu’aucun grief particulier n’est soulevé contre lui, avec condamnation de Madame [E] aux dépens. Il formule subsidiairement les protestations et réserves d’usage.
MOTIFS DE LA DÉCISION
L’article 145 du code de procédure civile permet d’ordonner en référé toutes mesures d’instruction légalement admissible dès lors qu’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve des faits doit pourrait dépendre la solution d’un litige.
Conformément à l’article 9 du code de procédure civile, celui qui entend obtenir satisfaction de sa demande doit rapporter la preuve des faits nécessaires à son succès.
Les éléments en présence attestent d’un motif légitime de conserver ou d’établir la preuve des faits allégués, de sorte qu’il convient de faire droit à la demande d'expertise, seule mesure d'instruction susceptible d'apporter l'ensemble des éléments techniques nécessaires pour trancher, s'il y a lieu, le litige.
La mesure sera confiée à un expert qualifié en chirurgie gynécologique.
Afin d’éviter toute difficulté d’incompatiblité tenant à une possible proximité entre le praticien mis en cause et celui en charge de l’investigation, l’expert sera désigné hors du ressort lyonnais.
Les frais de consignation seront pris en charge conformément aux règles applicables en matière d’aide juridique.
La mise hors de cause de l’établissement de santé ne sera pas prononcée, compte tenu de son caractère prématuré.
Les dépens de la présente instance, qu’il n’y a pas lieu de réserver, seront recouvrés comme en matière d’aide juridictionnelle.
La présente ordonnance est de droit exécutoire à titre de provision.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, en référé, par ordonnance contradictoire susceptible d’appel
Ordonnons une expertise médicale de Madame [O] [E] et désignons pour y procéder le Docteur [Z] [D] - [Adresse 7] [Localité 6], avec cette précision que le secret médical ne pourra pas lui être opposé lorsqu’il s’agira de prendre connaissance de toutes pièces utiles à ses investigations
Disons que l'expert médical ainsi désigné aura pour mission :
-prendre connaissance du dossier médical de Madame [O] [E]
-détailler les conditions dans lesquelles le sujet a été pris en charge par le Docteur [P] [I] et le personnel de l’établissement MÉDIPOLE HÔPITAL [10]
-préciser la nature des soins prodigués au sujet et/ou des examens dont il a fait l'objet
-procéder, en présence des médecins mandatés par les parties et avec l’assentiment du sujet, à un examen clinique détaillé en fonction des lésions initiales et des doléances exprimées
-dans le respect du code de déontologie médicale, interroger le sujet sur ses antécédents médicaux, en ne rapportant et en ne discutant que ceux qui constituent un état antérieur susceptibles d’avoir une incidence sur les lésions, leur évolution et leurs séquelles présentées
-dire si la prise en charge dispensée au bénéfice du sujet a été consciencieuse, attentive et conforme aux règles de l’art et aux données acquises de la science médicale à l’époque des faits
- dans la négative, indiquer la nature des manquements pouvant leur être reprochés en relation directe et certaine avec l’état du sujet, en tenant compte d’un éventuel état antérieur et des suites normales des soins qui étaient nécessaires
-indiquer les soins, traitements et interventions qui ont été nécessaires et ceux éventuellement à prévoir, en précisant le cas échéant les durées, d’hospitalisation, le nom de l’établissement et la nature des soins
DANS TOUS LES CAS, et abstraction faite de l’état antérieur et de l’évolution naturelle de l’affection et du/des traitements qu’elle rendait nécessaire, en ne s’attachant qu’aux conséquences directes et certaines des éventuels manquements relevés à l’issue de l’examen clinique :
-déterminer la durée du déficit fonctionnel temporaire, période durant laquelle, pour des raisons médicales en relation certaine, directe et exclusive avec les faits, le sujet a connu des troubles dans les conditions d’existence au quotidien
-si le déficit fonctionnel n’a été que partiel, en préciser le taux et la durée
-fixer la date de consolidation, qui est le moment où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent tel qu’un traitement n’est plus nécessaire, si ce n’est pour éviter une aggravation
-indiquer les périodes pendant lesquelles, pour des raisons médicales en relation certaine, directe et exclusive avec les faits, le sujet a dû interrompre totalement ou partiellement ses activités professionnelles
-préciser la durée des arrêts de travail au regard des organismes sociaux au vu des justificatifs produits et si cette durée est supérieure à l’incapacité temporaire retenue, dire si ces arrêts sont liés au fait dommageable
-chiffrer les cas échéant, par référence au “Barème indicatif des déficits fonctionnels séquellaires en droit commun”, le taux de déficit fonctionnel permanent (incapacité permanente) imputable aux faits, résultant de l’atteinte permanente d’une ou plusieurs fonctions persistant après la consolidation, le taux de déficit fonctionnel devant prendre en compte non seulement les atteintes aux fonctions physiologiques mais aussi les troubles dans les conditions d’existence et les souffrances que rencontre le sujet au quotidien après consolidation
-décrire les souffrances physiques, psychiques ou morales endurées avant la consolidation, les évaluer selon l’échelle habituelle de sept degrés
-donner un avis sur l’existence, la nature et l’importance du préjudice esthétique, en précisant s’il est temporaire (avant consolidation) ou permanent (après consolidation) et l’évaluer selon l’échelle habituelle de sept degrés
-si le sujet allègue une répercussion dans l’exercice de ses activités professionnelles, recueillir les doléances, les analyser, les confronter avec les séquelles retenues, en précisant les gestes professionnels rendus plus difficiles ou impossibles et dire si un changement de poste ou d’emploi apparaît lié aux séquelles
-si le sujet allègue l’impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sport et de loisir ou une simple gêne, donner un avis médical sur cette impossibilité ou cette gêne et son caractère définitif
-dire s’il existe un préjudice sexuel, le décrire en précisant s’il recouvre l’un ou plusieurs des trois aspects pouvant être altérés séparativement ou cumulativement, partiellement ou totalement : la libido, l’acte sexuel proprement dit (impuissance ou frigidité) et la fertilité (fonction de reproduction)
-préciser le cas échéant les besoins en tierce personne, provisoire ou définitive, en indiquant la qualité (aide-ménagère, aide humaine médicalisée ... ), la qualification professionnelle requise, la fréquence et la durée d’intervention quotidienne
-au cas où la consolidation médico-légale ne serait pas encore acquise, dire à quelle date il conviendrait de revoir le sujet et fixer d’ores et déjà les seuils d’évaluation des différents préjudices et les besoins actuels
Disons que l’expert pourra entendre tout sachant utile, à charge pour lui d’en informer préalablement le magistrat chargé du contrôle des expertises, de solliciter une consignation complémentaire couvrant le coût de sa prestation, de joindre l’avis du sapiteur
Disons que si le sapiteur n’a pas pu réaliser ses opérations de manière contradictoire, son avis devra être immédiatement communiqué aux parties par l’expert
Disons que l’expert devra communiquer un pré-rapport aux parties en leur impartissant un délai raisonnable pour la production de leurs dires écrits auxquels il devra répondre dans son rapport définitif
Dispensons Madame [O] [E], bénéficiaire de l’aide juridictionnelle, des frais de consignation
Disons que l’expert fera connaître son acceptation ou son refus d’exécuter la présente expertise dans un délai de 15 jours après avoir pris connaissance du présent jugement
Disons que l’expert qui, le cas échéant, refusera sa mission, devra retourner le tout immédiatement en précisant les motifs de son refus afin qu’il soit immédiatement remplacé
Disons que l’expert saisi par le greffe procédera à l’accomplissement de sa mission, les parties dûment convoquées, déposera son rapport définitif au greffe en double exemplaire au plus tard le 26 février 2027, délai de rigueur sauf prorogation accordée sur requête de l’expert par le magistrat en charge du suivi des expertises
Rappelons que l’article 173 du code de procédure civile fait obligation à l’expert d’adresser copie de son rapport aux parties ou à leur avocat
Disons que les entiers dépens de la présente instance tels que définis à l’article 695 du code de procédure civile seront recouvrés comme en matière d’aide juridique
Rappelons que la présente ordonnance est de droit exécutoire à titre de provision
Déboutons les parties pour le surplus de leurs demandes.
Ainsi prononcé par Stéphanie BENOIT, vice-président, et Catherine COMBY, greffier
En foi de quoi, le Président et le Greffier ont signé la présente ordonnance.
LE GREFFIER LE PRÉSIDENT
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